Réponse à Hélène

Hélène, du blog confidencesdivan.wordpress.com, me pose toujours des questions très intéressantes dans ses commentaires, auxquelles, dans ma perfectionnabilite aigüe, je m’empresse de répondre de la manière la plus complète possible… Comme il serait dommage que j’aie passé tout ce temps à écrire un pavé qui se retrouverait en bas d’un vieil article, vous savez, là où personne ne regarde jamais, je mets mon texte ici.

Bonjour Hélène,

Pour répondre à tes questions :

– « Est-ce que la méditation te permet uniquement d’être moins anxieuse ou est-ce que tu fais aussi le lien avec le passé ou avec des souvenirs désagréables qui pourraient émerger? »

Oui, la méditation permet de réduire les ruminations. Si j’ai bien compris, quand notre esprit est dans le passé (les souvenirs, les rancœurs), on tend plutôt vers la dépression, et quand il est dans le futur (la réunion de demain, le dîner de ce week-end), ce serait plutôt le stress ou l’anxiété (cette dernière étant l’état pathologique du stress). Le programme MBCT que je compte suivre permet de réduire le risque de rechute dépressive (autant que les médicaments, d’après cette étude : http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2015/04/23/la-meditation-en-pleine-conscience-fait-aussi-bien-que-les-antidepresseurs-pour-prevenir-les-recidives_752486).
Concrètement, ça permet de ne pas s’accrocher aux mauvais souvenirs ou aux pensées qui rendent triste quand elles surviennent. Et elles finissent par survenir moins souvent (ce qui ne signifie pas qu’on oublie).

– « Travailles-tu sur d’autres émotions que l’anxiété, telles que la colère, la tristesse, le sentiment d’abandon (très fort chez moi), etc..? »

Comme dirait mon formateur en gestion du stress, « j’ai résolu ma composante masochiste depuis longtemps » ;) donc tout ce que tu viens de citer, je ne veux pas « travailler avec », mais le réduire au maximum, parce que l’alternative à tout ça, la sérénité, l’empathie, la joie et la sécurité affective, ça rend la vie hyper agréable au jour le jour, et je n’en ai qu’une [de vie]. Cette même formation m’a permis de faire la différence entre émotion et pensée, et entre émotion et sentiment. Les émotions sont plus primaires, elles se situent dans le corps, et d’après mes lectures, sont au nombre de 6 (colère, tristesse, peur, dégoût, surprise, joie), tandis que les sentiments sont déjà plus élaborés. Tout ça pour dire que, ce que tu cites, ce ne sont pas forcément des émotions (l’anxiété par exemple, c’est un état pathologique physique, psychologique, comportemental, émotionnel : un package, quoi) (mon autre package étant la dépression) (le stress, je le mets dans l’anxiété), et que pour moi, ça a été capital d’apprendre à identifier ce qui me traversait (« tiens, ça c’est un souvenir pas agréable du tout qui me rend triste, ça c’est une pensée et ça s’appelle de la dysmorphophobie et attention parce que ça fait partie du package de la dépression »). La méditation, qui permet de développer sa capacité d’attention et la faculté de voir ce qui se passe, ce qui est, par je ne sais quel miracle, aide grandement à identifier ce qui nous traverse. Et à ne pas s’y accrocher.

Ma formation et mes lectures m’ont également appris l’assertivité et l’affirmation de soi, soit le fait de considérer que j’étais une personne digne de respect et que j’avais le droit d’exprimer mes désirs et mes besoins. Ça a l’air tout simple, mais ça a été la révolution dans mes relations parce que 1/ c’était une énorme source de stress (je ne le disais jamais quand quelque chose me déplaisait et je m’énervais toute seule) (non, à l’époque, je ne m’énervais pas, je déprimais) 2/ je me faisais bouffer ! (un tri s’est effectué dans mes relations, parfois malgré moi, tu as pu le voir si tu suis mon blog). Autre conséquence, ça a beaucoup réduit le « sentiment d’abandon » dont tu parles, qui était plutôt une peur de l’abandon chez moi. Par exemple, je veux voir telle amie, elle me pose un lapin, ça me rend triste. A une époque, ça m’aurait rappelé mon enfance, je me serais dite que j’ai une vie pourrie, que j’ai pas d’amis, que je suis seule au monde (pensées qui augmentent ma tristesse, donc ma dépression), et je n’aurais rien dit à mon amie. Je me serais peut-être même « vengée » plus tard en annulant un rendez-vous avec elle (sauf que mon amie, elle, en aurait pris zéro ombrage), ça n’aurait pas du tout amélioré notre relation et je me serais sentie encore plus seule. Eh bien, grâce à la merveilleuse technique de la communication émotionnelle (merci David Servan-Shreiber), aujourd’hui, je communique à mon amie ma tristesse, je lui dis que j’aimerais la voir bientôt, elle s’excuse et on prévoit une date, et il n’y a pas de malaise (dont j’étais la seule à souffrir, je le rappelle). Et je compte bien sur la méditation pour m’aider à reconnaître les émotions induites par les autres et à choisir de les exprimer si besoin est.

– « Te permet-elle aussi d’agir sur des symptômes ou des comportements addictifs (par exemple, la boulimie)? »

Oui, la méditation permet de développer sa capacité d’autocontrôle, donc de ne pas sauter sur la bouffe à la moindre contrariété. Voici un article là-dessus : http://www.regimesmaigrir.com/actualites/article.php?id=792

A titre personnel, j’ai des tendances hyperphages qui vont beaucoup mieux depuis que je vais moi-même mieux, mais je sens que c’est toujours là. Mon formateur en gestion du stress (encore lui !) m’a expliqué que j’avais un rapport effort-récompense avec mon corps (je fais du sport, je mange) qui n’était pas sain, et que l’on pouvait trop manger lors de situation d’inconfort pour atteindre un réconfort, mais ça n’aide pas à déstresser (« je vais grossir, c’est pas bon pour ma santé »), alors qu’il faudrait atteindre un état de confort. La pratique des 4 plaisirs m’a vraiment aidée pour ça ; elle m’a permis de redéfinir ce qu’était le sport pour moi, ainsi que la nourriture : des plaisirs (et non des punitions ? Des activités inutiles ou néfastes en tout cas). Je pense que ça se retrouve dans les posts des premiers mois où je remettais en question l’intérêt de faire chaque activité (fameuse démotivation de l’humeur dépressive), mais la joie et de l’apaisement ressentis au quotidien ont rapidement effacé mes doutes, et je suis persuadée qu’il en sera de même avec la méditation.

– « Je suis intéressée aussi d’avoir tes retours sur le livre sur la dépendance affective. Je suis en effet dans certaines situations (avec des mères de substitution) dépendante affective… »

Le bouquin « Vaincre la dépendance affective » de Sylvie Tenenbaum est plus à l’intention des dépendants, mais il permet vraiment de comprendre leur fonctionnement (attention, je ne l’ai pas encore terminé). Il y a notamment une explication sur le triangle victime/bourreau/sauveur au sein d’une même personne, qui explique bien le phénomène de la manipulation (« Tu me fais des reproches (victime) après tout ce que j’ai fait pour toi (sauveur), t’es vraiment une pauvre merde (bourreau) »). Avec mon amie dépendante affective, il y a vraiment eu un basculement quand j’ai compris que j’étais comme une drogue pour elle, ou une béquille (elle est agoraphobe), que ça définissait toute notre relation, que ça définissait toutes ses relations en général et sa vision du monde, qu’elle ne me voyait pas telle que j’étais et qu’elle ne m’appréciait pas pour les bonnes raisons. Et quand j’ai essayé de sortir de ce fonctionnement — se voir pas seulement parce qu’elle en a besoin, ne pas forcément parler de ses problèmes (j’étais devenue sa psy et sa conseillère administrative) et ne pas répondre à ses demandes culpabilisantes (et ça c’est dur) — et d’ouvrir un espace de franchise avec elle, ça n’a fait que mettre de la distance entre nous. Idem avec certains membres de ma famille. En gros, les dépendants affectifs, je pense qu’il vaut mieux les garder à distance pour se protéger, poser les limites si nécessaire et ne pas hésiter à se manifester lorsqu’elles sont outrepassées (mais c’est difficile quand ce sont des gens qu’on aime) (c’est en ça que j’apprécie la communication émotionnelle : ça permet de se faire respecter et de se faire entendre sans être blessant).

Bravo à ceux qui ont réussi à arriver jusqu’ici !

Hélène, j’espère que ça répond à tes questions, et je suis désolée pour toutes les parenthèses et digressions qui allongent grandement mes réponses. En plus, je me rends compte que je ne parle pas tant que ça de méditation… Mais je commence le programme de 8 semaines bientôt, donc j’essaierai de raconter mon expérience ici.

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Une réflexion sur “Réponse à Hélène

  1. Bonjour M,
    Merci beaucoup pour ta réponse très claire et instructive que j’ai lue jusqu’au bout avec beaucoup d’intérêt! Je suis aussi convaincue des bienfaits de cette méthode et je continuerai à te lire attentivement. Dans mon cas, elle vient en complément d’une approche analytique qui m’amène à retourner dans le passé pour m’en libérer, l’objectif n’étant pas de se complaire en effet dans les souffrances passées.
    Quant à la dépendance affective, chez moi, elle est très spécifique et ne s’exprime que dans des cas très particuliers. Donc, pas d’inquiétude à te faire vis à vis de moi!
    Bon week-end prolongé à toi,
    Hélène

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