Jour 232

Bilan du jour 231

Après la soirée d’anniversaire de L2 samedi avec des gens que je connais à peine et après m’être fait couper les cheveux par mon pote V hier, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à ce que j’ai dit ou fait alors que sur le coup, tout est fluide et sympathique. J’imagine que j’ai peur que l’on ne m’aime pas, ou bien d’être trop sympa pour être appréciée et de me faire avoir (« trop bonne trop conne »), alors je me fais un bilan dans ma tête qui finit toujours par être forcément catastrophiste (« les gens font semblant de m’apprécier », « ils m’apprécient mais je ne deviendrai jamais une amie proche », « ils ne m’acceptent pas comme je suis », ou bien « cette personne n’est pas mon amie car quand je la vois, je la paye pour qu’elle me coupe les cheveux » donc « je me fais avoir »). Je me rends compte que tout cela est absurde (d’autant plus quand ça m’empêche de dormir). Avant, je pouvais avoir ce genre de pensées avec des amis de toujours, mais maintenant c’est plutôt avec les nouvelles connaissances. Au fil de déménagements, et de certains choix de vie (comme ne pas être sur Facebook), j’ai « perdu » pas mal d’amis (et j’en ai moi-même lâchés en route), et mes prises de conscience récentes (j’étais happée par des amies pas si sympa que ça) m’ont aidée à m’affirmer. Je suis toujours calme et diplomate, mais ça a entraîné certaines réactions autour de moi. Alors que je pensais ouvrir des espaces d’échange et de franchise, certaines personnes ont maintenant peur de moi et redoutent mes réactions. J’ai l’impression que c’est également le cas de ma mère, avec qui je n’ai pourtant même pas essayé d’ouvrir un espace de franchise récemment. J’ai eu une autre révélation quand elle était là, lors d’une conversation sur un oncle que je ne vois plus : j’ai compris que dans la mentalité de la région de ma famille (et de ma famille elle-même, même si elle s’en défend), en tant que jeune, c’est à moi de faire tous les efforts pour mes « aînés » sans que ceux-ci n’aient rien à demander, d’autant plus que je suis une femme, donc une bonniche, alors que jusque là, je pensais que c’était une vie de malheur et de dépression couplée à une culture peu expansive qui faisait que les « aînés » (en l’occurrence, la plupart des gens de ma famille) étaient aussi auto-centrés (parlent seulement d’eux-mêmes, ne demandent jamais comment ça va, n’ont aucun geste d’affection ni de bienveillance). Donc ce n’est pas seulement la fierté, l’égocentrisme ou la souffrance qui permettent le manque d’amour parental et la négligence ; sous couvert du respect des plus jeunes envers leurs aînés, dans cette société où rien n’est dit et peu est alludé, il existe une règle officielle qui stipule que c’est aux enfants d’aimer leurs parents et de le leur montrer, et non le contraire. Toutes ces années où je me suis sentie coupable, j’avais raison…

J’ai découvert que dans la hiérarchie familiale et également sociale, en tant qu’enfant et femme, ma place était tout en bas de l’échelle, en dessous de celle que je prenais déjà pour l’esclave de la maison, ce qui dispense cette dernière de faire tout pas vers moi, et même de me faire une bise avant de monter dans le train, car un homme en meilleure place dans l’organigramme familial, mon frère, lui a dit quelques minutes plus tôt qu’il fallait se dépêcher, et c’est ce même donneur d’ordre qui l’enjoint à me dire au revoir. A ce (léger) sentiment de supériorité inconscient, se mêle donc la peur que j’ai évoquée plus haut, car, j’imagine, je ne respecte pas l’ordre, car ma vie pourtant sage et bien rangée pue la révolte envers ce milieu pathogène, car j’ai choisi un homme bon et équilibré qui me traite comme son égale (lui, en revanche, a droit à la bise et aux mots gentils sans problème), car je ne me sens pas attirée vers ce coin de France qui est pour ses habitants le seul où le bonheur peut fleurir, mais où tout le monde me semble si malheureux, car je ne comprends pas leurs codes implicites, car je ne suis jamais d’accord avec rien et je ne peux m’empêcher de le faire sentir, même quand je me tais, et dieu sait si je me tais.

Plaisirs prévus

– Écouter de la musique que j’aime (maybe)

– Écrire (ceci)

– Manger des cerises

– Voir une personne que j’apprécie (pot de départ de mon cours de musique)

– Regarder une bonne série (la saison 3 d’Orange Is the New Black vient de sortir sur Netflix)

– Chanter (cours de chant)

– Caresser ma lapine

– Passer du temps avec mon homme

– Lire un livre que j’apprécie (j’ai bientôt terminé Full Catastrophe Living)

– Cuisiner un plat que j’aime (pour le pot de départ, probablement un cake ou une tarte)

– Prendre un cours (technique vocale)

– Méditer

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Une réflexion sur “Jour 232

  1. Je me sens très proche de tes ressentis, par rapport à tes amis et aussi ta famille: Cette colère qui est tue mais qui est toujours présente et finalement perçue par les autres membres de la famille.. La nécessité de changer de région.. La place inférieure de la fille dans la fratrie.. Cette injonction à nous occuper de nos parents alors qu’ils nous ont maltraités ou négligés.. comme un dû ou comme le commandement de la Bible « tu honoreras tes parents ».
    Je continue à te lire attentivement car même si ton approche est différente (sans travail analytique), je me retrouve beaucoup dans ton témoignage. Merci de nous le faire partager en tout cas.
    Bonne continuation,
    Hélène

    Aimé par 1 personne

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